Nadiad et Kaneval

Dimanche 16 septembre

Il faudrait qu’on arrive à se lever tôt mais c’est franchement difficile – surtout pour Yann qui n’est jamais le premier hors du lit, vu le temps que ça lui prend de dérouiller son dos. Du coup, on arrive en retard chez Jaghdir, à qui nous confions nos bagages pendant nos quatre jours de balade dans le Gujarat. Nous avons un bus de nuit à prendre ce soir, et, dans l’intervalle, il nous emmène à une heure et demie de route d’Ahmedabad, en zone rurale, pour rencontrer les tribus de pasteurs et de bergers dont les costumes nous fascinent (les boucles d’oreilles et les turbans des homme, très différents de ceux des Sikhs, mais aussi les cholis très décolletés dans le dos des femmes, leurs tatouages et leurs multiples boucles d’oreilles). C’est une visite très intéressante et surtout très humaine – on commence à en avoir un peu marre des monuments. Nous rencontrons ainsi trois familles, celles de Raghubhai (monsieur Raghu), Vahabhai (monsieur Vaha) et Labhuben (madame Labhu), qui nous expliquent comment ils vivent au quotidien. Comme d’hab, les enfants sont enthousiastes en nous voyant et réclament des photographies, au point de s’en taper dessus pour être au premier rang… Comme je m’étonne qu’une jeune femme cache soudainement son visage derrière son voile, elle m’explique que c’est à l’approche d’un aîné de la famille de son mari qu’elle agit ainsi, par respect et pudeur. Ledit frère aîné est très fier de nous présenter sa communauté et de nous montrer comment fonctionne le puits que, grâce au financement de l’Etat, ils ont maintenant dans le village. Dans le village suivant c’est un grand-père qui nous accueille ; seuls les femmes et les enfants sont avec lui, les hommes étant partis faire paître leurs bêtes. Enfin dans le troisième, une grand-mère qui garde son petit-fils nous invite à prendre le chai – le thé. Leurs maisons sont, en général, plutôt grandes, souvent construites en dur (ils utilisent plutôt les cabanes pour les bêtes), et ils vivent en communauté – une communauté étant en fait une famille -, entourés par leurs animaux : vaches, chèvres, ânes, buffles, dromadaires, chiens,… et, exceptionnellement, un chaton que je m’empresse de caresser (les chats sont plutôt rares ici).

Pour le déjeuner, Jaghdir sollicite la femme de son cousin – car il est lui-même originaire de cette petite ville appelée Nadiad autour de laquelle se situent ces villages que nous avons visités, et y possède beaucoup de famille. Quelques voisins en profitent pour monter nous observer de plus près, dont notamment la jeune Purvi, 13 ans, et son petit frère de 5 ans. Mais quelle pipelette ! Elle ne parle pas trop mal anglais, et du coup se met à nous raconter toute sa vie et à nous montrer ses dessins (qui me rappellent beaucoup ceux que je faisais au même âge) ; elle veut devenir styliste. Jaghdir est obligé de la couper dans son élan pour que nous puissions repartir sans trop perdre de temps. Un petit moment d’émotion a alors lieu, lorsque notre guide, apprenant que nous commencerons une nouvelle vie à notre retour en France (et surtout que pour le moment nous sommes homeless et jobless !), promet de prier pour nous alors que sa voix s’étrangle et qu’il se met à pleurer…

Pour finir la journée, Jaghdir nous embarque – littéralement – sur le lac Kaneval, en direction d’une île où vivent – sans électricité – quelques familles de cultivateurs ; elles n’ont pas le droit de faire commerce du poisson du lac, mais ont signé un contrat avec l’Etat afin de commercialiser le lotus qui pousse ici comme du chiendent. Nous arrivons sur l’île alors que la nuit tombe, à temps pour profiter d’un très joli coucher de soleil donc ; Bhimabhai, un jeune homme déjà père de trois enfants, vient nous chercher en barque, et nous ramène une heure plus tard sur la rive opposée. On n’y voit goutte, mais l’ambiance paisible nous a beaucoup plu, et ici, c’est le paradis des oiseaux…

Néanmoins, nous avons perdu beaucoup de temps et Jaghdir s’inquiète pour le bus que nous devons absolument attraper ce soir – sachant que nous devons repasser chez lui pour prendre un bagage… Commence alors une course folle pour arriver à temps à Ahmedabad. Jaghdir tente tout son possible pour nous dégoter un bus ou un taxi mais il n’y en a pas – ou plus à cette heure-ci. Il se met à arrêter les voitures et finit par convaincre un conducteur de nous prendre avec lui contre une somme très modique. Nous montons donc dans cette petite voiture où nous sommes serrés comme des sardines… mais on n’a pas trop le choix. A peine descendus de voiture à Ahmedabad, nous sautons dans un rickshaw, que Jaghdir, très stressé (il se fait un point d’honneur à ce que ses clients soient toujours les plus satisfaits possible), pousse à rouler le plus vite possible. Je bondis avec lui hors dudit rickshaw pour récupérer le sac dont nous avons besoin, puis, à nouveau, c’est du rickshaw jusqu’à la station de bus, en mode film d’action… du genre : « Suivez cette voiture » avec flingue posé sur la nuque du conducteur ! Un vrai slalom entre les vaches, les piétons et les deux roues. Sur la route, Jaghdir appelle la station et demande au chauffeur de nous attendre – au final nous n’aurons que cinq minutes de retard, et le conducteur aura accepté de poireauter. Ce n’est pas une nuit très confortable qui nous attend, mais les cabines sont vivables : nous avons un lit double isolé du reste du bus par des portes coulissantes, et la fenêtre ouverte fait office d’air conditionné… à la dure comme à la dure !!!

Raconté par Amélie

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