Mysore

Mysore, Inde

Encore une grande ville indienne, avec son lot de quartiers typiques, de monuments antiques ou modernes, et son artisanat réputé (les objets en bois de santal, la soie et les pashminas). La ville est surtout connue pour son énorme palais, célébration dans la pierre de la renommée de la famille royale locale dont le règne a cessé il y a bien longtemps, mais qui a en tout cas fait construire ce palace magnifique et totalement mégalo au tout début du XXème siècle. Pour nous, Mysore c’est surtout une ville-étape sur la route d’Ootacamund (à vos souhaits), encore appelée Ooty, une petite station de montagne qui abrite les plus belles plantations de thé d’Inde du sud… Ne sachant pas trop ce qu’il y a à voir ici, à part le palais que, paraît-il, il faut absolument aller admirer en soirée le samedi et le dimanche uniquement (car alors illuminé par la magie de la fée Electricité) – raison pour laquelle nous arrivons un vendredi et repartons un dimanche –, nous acceptons d’embaucher un rickshaw-wallah pour la journée : lui, il sait où nous emmener… Et d’ailleurs on compte sur lui parce qu’on a hâte de sortir de note hôtel, qui est vieillot et, surtout, d’un glauque flippant (ces murs verts et carrelés jusqu’à mi-hauteur et cet éclairage au néon nous font fuir notre chambre sitôt habillés). D’ailleurs hier nous n’avons même pas dîné ici, mais sommes allés manger au restau-sur-le-toit de l’hôtel voisin : vachement plus sympa.

Bref, nous voilà partis avec un chauffeur absolument charmant même si son nom est imprononçable (raison pour laquelle, dans cette chronique, nous l’appellerons « l’homme de Mysore »). Il nous explique qu’on va commencer par le temple de Chamundeshwari (ça aussi c’est difficilement prononçable en fait…), ou autrement dit le temple de Parvati/Durga. Parce que oui, dans l’Hindouisme, un dieu peut en cacher un autre… petite parenthèse donc, pour vous expliquer que dans l’Hindouisme, il y a environ 30000 divinités (oui, vous avez bien lu…) mais qu’en fait une seule divinité peut en faire plusieurs compte tenu de : 1- ses multiples incarnations et réincarnations successives (ce qu’on appelle des « avatars », comme par exemple ceux de Vishnou qui prend forme humaine à chaque génération, histoire de sauver un peu le monde, on peut citer Krishna et Rama), et 2- sa propension à porter un nom différent en fonction de l’attitude qu’elle incarne. Par exemple, Durga est, tout d’abord, un avatar de Parvati, et possède, ensuite, neuf formes différentes selon le pouvoir incarné par elle à tel ou tel moment, chacune portant donc un nom différent : on va vous épargner, mais citons par exemple, Lalita (« celle qui joue ») ou Bhairavi (« celle qui donne la mort »… bah ouais, faut pas trop l’énerver, Durga). Chamundeshwari est encore une autre forme de la déesse, qui fait référence à une légende particulière ou elle vainquit deux personnages maléfiques. En gros, dans ce temple de Mysore, on révère Parvati-sous-sa-forme-de-Durga-au-moment-précis-de-sa-victoire-contre-les-frères-Asura, ce qui se résume par le nom de Chamundeshwari… finalement plus facile à prononcer que la longue épithète ci-dessus. Voilà, fin de la parenthèse, vous pouvez respirer.

En tout cas, la montée au temple, situé sur une haute colline, est un vrai plaisir, même si la vue reste encore un peu bouchée à cette heure matinale (on devine seulement les forêts de bois de santal avoisinantes). S’extirper de la pollution de la grande ville est bienvenu, et les abords du temple, très animés, sont, ma foi, fort sympathiques.



La ville n’étant pas très touristique, nous sommes les seuls occidentaux en haut de la colline, mais de nombreux pèlerins indiens se font harceler au même titre que nous par les petits vendeurs d’images et de statuettes saintes. Devant le temple, sur la place, de nombreux étals proposent des fleurs fraîches (pour la chevelure des femmes et des enfants) et des noix de coco agrémentées de fleurs elles aussi (pour les offrandes). Un premier stand « Ici on brise les noix de coco » est d’ailleurs placé fort commodément à deux pas devant l’entrée du temple ; des mares de couleurs vives (rouge, jaune, orange) ornent les rebords du bassin où s’effectue l’opération (les pèlerins y trempent le doigt pour s’orner le front de signes religieux, tikkas et autres…).



Le temple en lui-même n’est pas exceptionnel, et est surtout connu pour la magnificence de ses portes et piliers en or et argent massif… Hélas pour nous, il est en réfection, et toutes les portes ont été décrochées de leurs gonds pour être nettoyées par les prêtres eux-mêmes (et qui dira encore que brahmane c’est la planque, après ça ?). Il nous reste les piliers, et tout un amoncèlement d’objets sacrés posés en vrac dans la cour intérieure, parmi lesquels deux éléphants en argent massif donc la queue est en crin – ce qui nous vaudra une bonne rigolade lorsque l’un des deux appendices se mettra soudainement à trembler et à tournoyer, agité par la présence dans les flancs de l’éléphant d’un rat grignoteur… Le rituel est parfaitement orchestré : en entrant, le pèlerin se dirige soit sur la gauche, pour faire briser sa noix de coco sur l’autel prévu à cet effet, et rejoindre ensuite la file d’attente pour l’accès au sanctuaire de la déesse ; soit directement dans la file s’il a déjà fait préparer ses offrandes au stand extérieur. Ensuite, en arrivant à hauteur du saint des saints, il se trace sur le front un ou plusieurs symboles avec les poudres de couleur placées là à cet effet ; enfin, une fois ses hommages présentés à la déesse, il contourne le sanctuaire par la gauche, pour recevoir à son tour une offrande symbolique (petite bouchée de nourriture et/ou gorgée de sirop qu’il boit, la main en coupe, avant de se « coiffer » avec les dernières gouttes) et saluer d’autres dieux (ou d’autres images de la déesse) placés à l’arrière du temple, et enfin revenir jusqu’à l’entrée principale où l’attend une autre offrande, avant de sortir définitivement. Juste après la sortie, une rangée de brahmanes attend d’ailleurs le chaland pour lui proposer des bracelets aux couleurs de l’Hindouisme (rouge, jaune, orange, safran, mais aussi du noir), tressés ou agrémentés d’une effigie de la déesse montée sur le tigre symbole de sa puissance. On choisit, et puis on laisse une obole au montant de son choix…





En repartant, l’homme de Mysore marque un arrêt au pied de la statue géante du taureau Nandi – ce taureau qui sert de monture à Shiva et est donc considéré comme sacré lui-même. Un prêtre est en train de le nettoyer, et de nombreux pèlerins lui rendent hommage, en terminant leur prière par un petit rituel de chance : il s’agit de placer une pièce sur le corps du taureau et de l’y « coller ». Si la pièce ne se détache pas, c’est bon signe…





Autour de l’énorme statue, de nombreux vendeurs (de petits objets ou de boissons, comme du jus de canne à sucre, fabriqué sur une place dans une sorte de broyeuse à l’ancienne) et des tailleurs de pierre qui reproduisent à plus petite échelle l’effigie de la bestiole révérée ainsi que d’autres divinités ou animaux sacrés ; ils travaillent vite et bien, et vendent leurs œuvres pour un prix dérisoire… et puis aussi, ils ont vingt ans à tout casser et déjà le nez dans la poussière dix heures par jour… flippant.





C’est enfin l’heure d’aller voir le palais de Mysore ! Hélas les photos sont interdites à l’intérieur, donc impossible de vous montrer à quoi ressemble un vrai palais de maharadjah dans cet article… Mais en tout cas, nous sommes un peu assommés devant tant de splendeur et, il faut bien le dire aussi, de mégalomanie. Le trône est dix fois plus grand que le maharadjah qui y siégeait, par exemple, et la frise qui célèbre les traditions locales et met à l’honneur l’un des rois de la dynastie court sur un mur tout entier (et les murs sont looooongs…). La décoration est digne de ce qu’on peut imaginer d’un palais indien : piliers à motifs de plumes de paon, plafonds bleu turquoise ou portes en or… Il y a même un ascenseur, installé à l’époque où il s’agissait encore d’un appareil révolutionnaire ! Et bien entendu, les salles du trône succèdent aux salles des audiences qui s’imbriquent elles-mêmes dans la continuité des salles de bal, desservant pour leur part des salles de mariage… bref, ça n’en finit plus. Mais grâce à un audioguide gratuit pour les étrangers (une fois n’est pas coutume, dans un pays où le touriste est toujours requis de payer plus que le local) et plutôt bien foutu, cette visite est aussi intéressante qu’impressionnante.



Après cela nous déjeunons rapidement dans le restau d’un hôtel et repartons d’abord pour une brève escale aux abords de la cathédrale, puis pour de merveilleuses aventures shoppinguesques en direction d’un emporium – passage obligé lorsque votre rickshaw-wallah vous fait un très bon prix. Et oui, il faut bien qu’il compense quelque part le manque à gagner, et il espère qu’en vous emmenant dans l’une de ces immenses galeries gouvernementales, où l’on vend tout l’artisanat local (et parfois pas que local), vous dépenserez plein de sous – ce qui lui permettra de toucher une jolie commission. C’est de bonne guerre dirons-nous – et puis personne ne vous force à acheter (encore que les techniques de vente indiennes soient particulièrement au point). Mais pour une fois, nous sommes plutôt contents de notre vendeur, qui comprend très vite que notre budget est limité et qu’on veut acheter uniquement de la production locale – et de qualité. Résultat, ici, c’est surtout la soie et les pashminas qui vont nous intéresser… une petite démo pour mieux comprendre ce qu’est un vrai pashmina ? Y’a qu’à demander !





Après cela nous terminons l’excursion par le quartier musulman de Mysore : on y trouve des apothicaires (je me jette dans la première boutique venue, attirée par ses bocaux et ses rayons d’un autre âge, et repars avec de l’huile de santal et de nénuphar, cette dernière réputée pour chasser les moustiques – qui ne tente rien…) ; un marché de fruits, légumes et poissons séchés fort odorants ; une manufacture de « bidis » (Yann y apprend à fabriquer la cigarette indienne, en fait une simple feuille de tabac roulée sur elle-même) ; des moutons attachés au pied de murs jaunes, bleus ou verts ; et des gamins des rues très excités par notre présence (comme d’hab). Nous y passons un moment très agréable avant de partir en quête d’un cordon pour le petit Olympus, notre appareil photo miniature et étanche – car Yann a perdu le cordon originel (je précise bien que c’est Yann qui a perdu le cordon originel, une fois n’est pas coutume, hein).









En nous déposant à l’hôtel, l’homme de Mysore propose de nous emmener prendre le bus demain ; il sait justement qu’un bus part pour Ooty demain matin, ça nous arrange. Du coup nous retournons dîner dans le même restaurant qu’hier le cœur léger, tout est organisé. Sauf que… dans le feu de l’action, nous ratons les horaires auxquels le palais est illuminé… c’est con hein ?

Raconté par Amélie

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