Alleppey

Allepey

Dimanche 21 octobre :

Nous voici donc à Alleppey, la petite Venise indienne !!! Et notre guesthouse est vraiment très jolie, située dans un grand parc excentré où de nombreux petits bungalows se nichent parmi les fleurs… Au pied du nôtre donc, un petit ruisseau où le héron que Yann m’a montré hier est toujours à l’affût – rien de plus normal puisqu’il est en toc…



Allez, c’est l’heure du petit dej ! Nous nous rendons dans la grande maison principale où notre hôtesse s’active aux fourneaux. Quatre « invités » se tiennent déjà à table et palabrent – très vite – en anglais. A l’accent il me semble reconnaître des Australiens, alors pour en avoir le coeur net je m’immisce dans leur conversation ; et oui, il y a bien une Australienne – les autres sont Néo-Zélandais, et deux d’entre eux sont réalisateurs de documentaires dont le premier film vient de sortir – et ce sont les bénéfices qu’il engrange qui leur permettent de voyager pendant trois mois… je me mets à saliver, et c’est plus à cause de ce qu’ils me racontent que du petit-déjeuner pourtant bien appétissant (si vous ne le savez pas : j’ai toujours rêvé de réaliser des documentaires) ! La conversation est bien sympathique mais je me finis par me rappeler que Yann n’est pas trop du matin et que l’accent néo-zélandais est parfois difficile à comprendre… gagné, il n’a pas suivi la conversation et boude un peu. Les Néo-Zélandais partent donc en vadrouille de leur côté et nous décidons d’aller nous promener un peu en ville avant de nous rendre sur la superbe plage de Marari à dix kilomètres du centre-ville. Il fait une chaleur à crever et une baignade serait la bienvenue… Arrivés en ville nous crapahutons un peu le long du canal qui a valu son surnom à Alleppey, puis dans le centre-ville, relativement petit mais animé. Nous apercevons de loin un éléphant par la porte d’un petit temple interdit aux touristes, et nous nous arrêtons dans quelques magasins, notamment une superbe petite boutique d’épices odorantes où le vendeur me fait sentir et goûter toutes les épices qui m’intéressent – ce qui est un gage de qualité et d’honnêteté. Si vous passez par Alleppey, c’est là qu’il faut acheter vos épices car ce vendeur a parfaitement joué le jeu sans la moindre envie de tricher avec nous ; par exemple, à ma (roublarde) question : « Mais le safran vous le cultivez ici ? », il a parfaitement répondu : « Oh non Madame, en Inde il n’y a qu’au Cachemire que l’on cultive le safran, c’est mon beau-frère, qui est dans l’armée là-bas, qui en achète pour moi. » Résultat : il a toute ma confiance et je lui prends de la cannelle, des noix de muscade, de la badiane et du poivre. Yummy.

Après grignotage rapide nous arrêtons des rickshaws pour partir à la plage. Les deux premiers refusent les tarifs que nous proposons (ceux du Routard), c’est donc le troisième qui a la joie de nous emmener jusqu’à Marari, au rythme insupportable d’un klaxon de compétition dont il est tellement fier qu’il garde la main dessus pendant presque la totalité de ces dix kilomètres de route ! Je crois que j’ai les tympans qui saignent avant d’arriver à la plage… Sur la route nous admirons le paysage tropical, les faucilles communistes tatouées un peu partout sur les murs, et les multiples églises qui, comme à Goa et à Kochi, nous confirment l’importante présence chrétienne dans la région.



En tout cas la plage valait bien qu’on s’écorche un peu les oreilles pour l’atteindre !!! Elle est bien plus belle et plus propre que celles de Goa, avec ses hautes franges de palmier vert foncé, sa langue de sable blanc que vient lécher l’eau d’un bleu profond et ses magnifiques barques de pêche colorées disséminées un peu partout comme autant de fleurs géantes. Nous nous baignons puis nous allongeons rapidement pas très loin d’un groupe de touristes qui cuit en silence – il y a relativement peu de monde sur la plage et c’est bien agréable. Je crois même que je m’endors quelques instants, alors que Yann erre au milieu des barques qu’il photographie sous toutes les coutures et sympathise avec des locaux…

Nous avions négocié deux heures de plage avec notre chauffeur, et nous préférons ne pas le faire attendre – on ne sait jamais, il pourrait se venger avec encore plus de coups de klaxon qu’à l’aller. Il est donc l’heure de partir, d’autant plus que le ciel, au loin, charrie de gros nuages qui ne nous disent rien de bon… Nous nous rhabillons donc rapidement, mais je m’aperçois qu’un jeune Indien, blotti entre deux barques, est en train de me dévorer des yeux pendant que j’enfile une robe sur mon maillot. Et apparemment, ça lui fait de l’effet… je suis obligée d’y regarder à deux fois pour en être sûre… mais oui ! Il est en train de se masturber !!!! Ces lunghi sont bien pratiques pour ça je dois dire, il suffit de glisser la main sous la longue jupe et de ne pas avoir de sous-vêtement… Je vois rouge et j’hésite entre deux réactions différentes (lui fiche la honte en criant très fort et en le pointant du doigt, ou me rapprocher de Yann qui se rhabille un peu plus loin afin de lui refiler la lourde tâche de venger mon honneur) – mais j’hésite un peu trop longtemps et du coup, il a fini son affaire au moment où Yann, enfin averti, tourne la tête vers lui. Voilà une fin de sortie à la plage absolument charmante… En tout cas le temps que nous rentrions en ville, la pluie commence à tomber, et nous n’avons que le temps d’acheter un sac de voyage (car nos bagages vont exploser si nous n’en répartissons pas mieux le contenu) avant de nous rendre au restaurant – un petit restaurant qui ne paie pas forcément de mine mais qui s’avère excellentissime. Le temps que nous dînions la pluie tombe vraiment violemment, et c’est sur les ailes d’un nouvel orage que nous rentrons finalement « chez nous », trempés – après avoir cherché un rickshaw, en vain pendant plus d’une demi-heure, dans ce coin paumé où seul le bouche-à-oreille nous a sauvé la mise (restaurateur envoyant un gamin chercher un rickshaw-wallah dont il sait qu’il crèche pas loin…).

Lundi 22 octobre :

Au petit-dej – que nous prenons cette fois en compagnie d’un couple américano-canadien qui travaille à Singapour – nous décidons finalement de réserver un nouveau tour sur les backwaters, en canoë privé cette fois-ci. Il s’avère que notre hôte de Kochi a bel et bien raconté n’importe quoi lorsqu’il nous a affirmé que les backwaters ne se visitent pas depuis Alleppey ! Non seulement ils se visitent, mais en plus la promenade de 5 heures ne nous coûtera pas vraiment plus cher – alors qu’elle sera privée – que la balade en groupe de Kochi. Donc nous démarrons à 11H, depuis la guesthouse qui bénéficie d’un embarcadère privatif, avec un guide-pagayeur tout gentil qui nous emmène au plus près des berges, le long de petits canaux flanqués d’habitations. Nous achetons quelques fruits et chips à grignoter dans une épicerie en cours de route.



Par contre, ces gros bateaux magnifiques que sont les kettuvalams, sur lesquels tout un chacun rêve de passer une nuit, commencent vraiment à nous sortir par les yeux – aussi beaux qu’ils soient, ils sont aussi archi-polluants.

(vidéo kettu)

Et c’est la même vie que partout au bord des points d’eau : les femmes surtout y font la vaisselle ou y lavent le linge, certains y font leurs ablutions et quelques-uns y pêchent. D’ailleurs je crois bien que j’ai privé une dame de son repas du midi lorsque nous nous sommes arrêtés quelques instants pour admirer les rizières : j’ai trouvé un poisson, abandonné dans l’herbe sèche, qui vivait encore et je l’ai rejeté à l’eau (j’aime pas le gâchis…). Ce n’est que plus tard que j’ai vu qu’une dame d’un certain âge essayait de pêcher à deux pas de là… j’en rougis encore.





Mais il n’y a pas que des êtres humains dans le coin ; ces berges regorgent d’oiseaux, que nous pouvons admirer de bien plus près encore que nous n’avions pu le faire lors de notre première promenade, même s’il pleuviote un peu par moments… Et, cerise sur le gâteau, nous apercevons même, en fin de journée, alors que nous naviguons sur un point d’eau plus large, un aigle pêcheur en train de s’acharner à attraper des poissons ! Et, alors que nous l’admirons, bouche bée, voici que s’approche l’animal le plus extraordinaire que nous ayons croisé jusque là… ça commence par une tache brune dans le lointain, qui grossit jusqu’à prendre la forme d’un animal ailé, assez gros. Un aigle, pensons-nous tout d’abord. Sauf que très vite, ses ailes nous semblent… elles ressemblent à… mon Dieu mais c’est… ce n’est pas possible !!!! Une énorme chauve-souris de la taille d’un rapace est en train de faire presque du rase-mottes en notre direction !!! Nous sommes tellement estomaqués que nous ne pensons même pas à la photographier ou à la filmer. C’est totalement incroyable, et un peu flippant ! Mais que peut-elle bien manger ? Parce que si c’est une suceuse de sang je ne suis pas très à l’aise !!! Mais notre guide nous rassure immédiatement : ces chauve-souris sont frugivores, et leur grande taille n’a d’égale que leur grande gentillesse. Et, pour nous en montrer de plus près, il s’en va cogner légèrement avec sa barque contre quelques grands arbres, histoire d’en déloger quelques-unes, que nous puissions admirer leur vol… nous sommes complètement excités et bien heureux maintenant d’avoir rempilé pour une deuxième session au milieu des roseaux !!!






Vient l’heure de regagner nos pénates sous un ciel qui menace d’exploser comme la veille – mais pas sans passer boire le thé chez notre guide, qui y tient absolument. Il parle plutôt bien anglais et nous en profitons pour discuter un peu avec lui – c’était difficile dans le bateau puisqu’il se tenait toujours derrière nous… Il nous raconte un peu ses difficultés, dans un marché touristique quelque peu squizzé par les hôtels et les guest-houses qui prennent une grosse commission sur les tours qu’ils négocient – aussi ne pouvons-nous que conseiller aux touristes qui suivront notre route de le contacter directement, c’est bien plus rentable pour lui… Il nous ramène enfin à la guesthouse où nous n’avons plus de chambre puisque nous partons ce soir, en train de nuit, pour l’énigmatique ville de Madurai dont nous ne savons rien d’autre que ce que le Routard en dit : c’est une ville indienne « dans son jus ». En attendant il nous reste quelques heures à tuer, et, pendant que Yann se connecte à internet, je m’en vais expérimenter (pour la deuxième fois de ma vie), le massage ayurvédique. On ne peut pas venir dans le Kerala sans essayer, c’est la spécialité locale ! Bon je reste sur ma première position : c’est bizarre, et à moins d’aimer être trempé dans l’huile comme un beignet qu’on va frire, c’est assez peu agréable. La dame qui me masse est adorable, et certains de ses mouvements me font du bien, mais c’est trop superficiel pour moi qui, depuis la Chine, n’aime que les massages qui vont jusqu’à l’os (façon de parler hein). En plus il faut aimer l’ambiance gynécée, à poil avec une autre femme pour vous aider à vous savonner sous la douche après le massage… non Messieurs, on ne s’énerve pas, pour vous ça serait un autre homme. Eh oui, on préserve la pudeur en Inde ! En tout cas quand je reviens à la guesthouse, raccompagnée par un jeune commis à scooter, je suis on ne peut plus propre et j’ai la peau douce – c’est toujours ça de pris. Et puis vient l’heure de filer car nous squattons le salon d’accueil et, à quelques préparatifs qui s’amorcent, il nous semble comprendre que la prière en famille va commencer – nous ne voulons pas déranger. Un petit mot à ce sujet d’ailleurs ; depuis que nous sommes dans le Kerala nous constatons que le christianisme ici ressemble plutôt à une sorte de syncrétisme, où l’unique Dieu chrétien, dont la Vierge Marie serait la parèdre, serait devenu la divinité suprême d’un petit panthéon de saints. Les maisons sont pourvus d’autels où toutes ces petites divinités trônent, sous forme de statuettes colorées ou de peintures encadrées, nanties de colliers de fleurs et éclairées à la bougie – enfin au cierge. Un christianisme étrange donc, et tout sauf austère – mais normal, l’austérité n’est pas un mot indien.

Nous partons donc avec tous nos bagages en direction d’un restaurant que nous n’avions pas encore essayé car il est de l’autre côté de la ville, en face d’une plage moins jolie que celle où nous avons passé l’après-midi d’hier, mais tout près de la gare. Nous y sommes extrêmement bien accueillis et nous y trouvons tout absolument charmant : c’est en fait une sorte de petite cabane nichée à gauche d’une route (en arrivant de la ville), alors que la plage est à droite de cette même route. Depuis l’étage on aperçoit la mer, de jour, mais il fait nuit et nous ne pouvons que l’entendre. Lampions et ampoules colorés agrémentent la cahute, et on y sert des cocktails (sous le manteau) et des plats délicieux. Un vrai moment de détente avant de nous rendre à la gare pour affronter une nouvelle nuit en train…


Mais à la gare, le Kerala, pour nos derniers instants sur ses terres, nous réserve encore une surprise : dans un arbre planté pile devant l’entrée de la gare nichent des dizaines de ces chauves-souris que nous n’avons pu admirer que de loin. Elles piaillent et se battent pour les fruits qui y poussent et dont elles raffolent… un jeune homme me montre comment lancer un fruit en leur direction pour qu’elles l’attrapent au vol… je n’ai plus envie de partir. Hélas c’est l’heure, le train arrive et le Tamil Nadu nous attend… plus qu’une étape (Madurai) et ce sera enfin Pondichéry, notre dernière ville indienne…

Raconté par Amélie

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